dimanche 20 janvier 2008

* AU LOCAL, UN POINT DE VUE…

Les résultats des dernières échéances électorales, le choix fait par certains leaders de « gauche » ont fait singulièrement se ré interroger bon nombre de personnes porteuses de valeurs progressistes.

A l’aube de nouvelles échéances électorales ou en sommes nous, nous élus locaux dits de gauche et comment allons nous nous positionner?

Tout d’abord pourquoi se présente-t-on ?

  • Contre d'autres?
  • Pour avoir du boulot ?
  • Pour avoir le pouvoir?
  • Pour exister?
  • Pour reproduire l’existant ?
  • Pour transformer l’existant ?
  • Pour des idées?

Posé de la sorte, il y a de fortes chances que les premières réponses soient « j'y vais pour des idées » ou « pour transformer l’existant ».
Mais aujourd'hui, il semble qu’au quotidien nous entendions, tant au niveau national que local, des interventions du type « Il faut faire barrage », « On ne va pas leur laisser la place ».

Après tout, pourquoi pas, mais lorsque vient s’adjoindre à cette affirmation la formule magique « nous sommes porteurs de valeurs de gauche » qui permet, la plupart du temps, de faire l'impasse sur le débat d'idées, cela me pose question.

En faisant l'économie de ce débat, éviter de poser nos différences, ne risque-t-on pas de positionner le groupe, dès le début d’un mandat, dans un rapport "Dominant/Dominé ?"
Dans ce cadre, n’est-ce pas inscrire le projet politique dans une logique conservatrice génératrice de reproduction sociale?

A contrario le débat d'idées, en permettant d'identifier les différentes conceptions de la vie de la cité portées par les uns et les autres ne nous donne-t-il pas la possibilité de construire, en commun, un projet s’inscrivant dans une logique progressiste génératrice de transformation sociale?

Pour autant ce débat d’idées ne doit pas s’arrêter à la phase d’élaboration du projet politique se devant d’être en permanence interroger et évaluer tout au long du mandat.

Très fréquemment cette évaluation se cantonne à la simple énumération de réalisations comme si l’édification de tel ou tel édifice, la mise en œuvre de telle ou telle action, via les différentes délégations, étaient suffisantes pour légitimer un positionnement politique.

Avant de se lancer dans un inventaire à la Prévert je pense qu’il serait plus intéressant d'interroger les processus ayant généré et accompagné ces réalisations, actions et par la suite le projet qui les anime.

En prenant, par exemple, deux délégations qui souvent par le seul fait de les nommer donne une légitimité à une politique de gauche, pourquoi ne pas évaluer si :

  • Une politique culturelle va ou non à redonner du pouvoir aux acteurs et faire que la culture devienne un véritable outil d’émancipation des individus et des groupes composant l’ensemble de la population ?
  • Une politique jeunesse en prenant appui sur les structures mises en place et les projets mis en œuvre contribue ou non à la construction de futurs adultes émancipés et critiques ?

Je crois que si ce type de questionnement (qui m’a valu quelques procès d’intention gratinés) était posé à l’ensemble des délégations cela permettrait d’éclairer :

  • Les rapports au pouvoir, à l’ordre, à la critique, au débat, aux valeurs du collectif, à la participation que l'équipe en place entretient avec la population.
  • Si la politique municipale s’adresse à l’ensemble de la population.
D’identifier :

  • En quoi la population participe-t-elle davantage à la gestion de la vie de la cité ?
  • En quoi les singularités et potentialités de toutes et tous sont-elles véritablement prises en compte contribuant ainsi à créer une véritable force collective critique sur laquelle les élus peuvent s’appuyer dans la gestion de la vie de la cité?
  • Les propos de Pierre Bourdieu illustrent, à mon sens, très bien ce questionnement lorsqu’il dit : « Il n’y a pas de véritable démocratie sans contre pouvoir critique ».

Et au final d’évaluer si :

  • La politique municipale dans sa globalité se situe plus dans une logique progressiste ou conservatrice ?

Ne pas le faire et refuser de le faire est déjà un indicateur en soi. Il est révélateur d’un enfermement progressif des élus au sein de leur château fort, nommé mairie, dont le pont-levis se lève insensiblement au fil des ans, les coupant progressivement de la population ou au moins d’une partie de cette dernière.
Cette citation de René CHAR me semble d’ailleurs fort à propos pour illustrer ce point de vue (et faire un clin d’œil à un collègue) :

« L'esprit du château fort c’est le pont-levis »

Ces propos puisent leur source dans mes pratiques d’élu communiste au sein d’une municipalité défendant des valeurs de gauche. Mais fort de ces pratiques comment vais-je me positionner demain ?

Les résultats des élections, le positionnement de certains leaders « de gauche » un possible relent de trouille lié aux résultats du référendum de 2005 ont ré éclairé la scène politique de « gauche ».

Comme au national, au local un certain nombre d’agents dormants se révélant être de véritables chiens de garde d’un ordre établi empreints du conservatisme des dominants se sont mis à découverts.

Ces derniers, en citant "Accardo" et "Carcuff", ont pour « objectif principal d’imposer comme vérité universelle et allant de soit un arbitraire culturel » dont les racines s’ancrent dans le terreau de l’idéologie ultra-libérale.

Aujourd’hui ils n’hésitent plus à prôner le vote utile, la politique du contre et du moins pire érigeant une sorte de bouclier électoral qui comme son homologue de la fiscalité profite toujours aux-mêmes n’hésitant pas à pousser l’outrecuidance de rejeter sur les autres la responsabilité de leurs propres échecs.

Alors nous femmes et hommes de tous les jours, alter mondialistes, militants associatifs, syndicalistes, socialistes, communistes, LCR, écologistes etc qui sommes POUR des idées qui réintroduisent de véritables valeurs de solidarité, d'émancipation, de démocratisation, de débat sommes-nous prêts :

A arrêter de céder à la tentation du moins pire et enrayer ce processus qui, sur le mât de leurs certitudes, voit, en permanence flotter l’étendard de nos futures désillusions ?

Hervé Quentel
Conseiller municipal délégué à la jeunesse au Port-Louis.

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